Application RH : ce que vos équipes voient de leur côté

Les projets d’application RH se décident presque toujours depuis le siège, sur des critères de siège : périmètre fonctionnel, interfaçage, reporting. Le juge de paix se trouve pourtant ailleurs. Une application badgeuse et planning n’existe réellement que si un employé de salle, un préparateur de commandes ou un remplaçant en établissement médico-social l’ouvre entre deux tâches, y trouve son horaire de demain et referme son téléphone. Voici ce que cela suppose côté collaborateur, et pourquoi c’est là que se joue le retour sur investissement.

En bref
Une application RH ne se juge pas sur ce que le siège y configure, mais sur ce que le collaborateur en fait depuis son téléphone Diffuser un planning par notification horodatée sécurise le délai de prévenance, fixé à 7 jours ouvrés en HCR et réductible à 48 heures en circonstances exceptionnelles.Rendre les heures badgées visibles par le salarié supprime la majorité des contestations de fin de mois avant qu’elles ne remontent au manager.Une application terrain se conçoit pour des gens qui n’ont ni bureau, ni session ouverte, ni cinq minutes devant eux.

Le planning est la première chose qu’ils cherchent

Dans un environnement à horaires variables, la question du salarié n’est pas de savoir si l’outil est moderne. Elle est de savoir quand il travaille la semaine prochaine, et si le shift affiché hier a changé depuis. Une application qui répond à cette question en deux secondes est adoptée. Une application qui exige un mot de passe oublié, une navigation à trois niveaux et une page qui se charge mal en sous-sol ne l’est pas, et l’équipe revient au groupe de discussion informel où circulent des captures d’écran.

Cette diffusion a aussi une valeur juridique. En hôtellerie-restauration, la convention collective prévoit que les salariés sont avisés au moins 7 jours ouvrés à l’avance d’une modification de la programmation, délai réductible à 48 heures en cas de circonstances exceptionnelles, cette réduction ouvrant droit à un repos compensateur. Une notification horodatée et consultable dans l’application constitue une trace de la date à laquelle l’information a été portée à la connaissance du salarié. Un planning imprimé et punaisé dans le vestiaire n’en constitue aucune.

L’autonomie du collaborateur libère du temps au manager

Un manager d’exploitation passe une part significative de sa semaine à répondre à des questions qui ne demandent aucune décision : mon solde de congés, mon planning de dimanche, ma fiche de paie du mois dernier, mon attestation. Chacune de ces sollicitations est une interruption en plein service. Rendre ces informations accessibles directement au salarié ne relève pas du confort, cela retire une couche entière d’échanges du quotidien du manager.

Le même raisonnement vaut pour les demandes d’absence et les missions ponctuelles. Quand un collaborateur dépose sa demande depuis son téléphone et suit son état d’avancement, il cesse de relancer. Quand une mission d’extra est diffusée au vivier plutôt qu’appelée un par un, le temps de couverture se compte en minutes et non en soirée passée au téléphone.

Rendre les heures badgées visibles au salarié

C’est le point le plus souvent négligé, et le plus rentable. Quand un salarié voit ses heures badgées le lendemain, il signale l’oubli de pointage tout de suite, pendant que tout le monde se souvient de la soirée. Quand il les découvre sur son bulletin, la discussion a lieu six semaines plus tard, sans élément objectif de part et d’autre, et elle mobilise le manager, la paie et parfois les représentants du personnel.

La transparence a également un effet en cas de litige. Le Code du travail prévoit qu’en cas de contestation sur le nombre d’heures accomplies, l’employeur fournit au juge les éléments justifiant les horaires réellement réalisés, et qu’un système d’enregistrement automatique doit être fiable et infalsifiable. Un décompte que le salarié a pu consulter au fil de l’eau, et sur lequel il n’a rien signalé, pèse plus lourd qu’un relevé produit après coup.

Quatre conditions pour que l’application soit réellement utilisée

L’écart entre une application installée et une application utilisée tient à des détails très matériels.

  • L’accès doit fonctionner dès le premier jour. Un salarié qui prend son premier service et dont le compte n’est pas encore actif ne réessaiera pas spontanément la semaine suivante.
  • Les informations utiles doivent tenir sur un écran. Planning, heures, absences. Le reste peut être plus profond dans l’arborescence.
  • Les notifications doivent être rares et pertinentes. Une application qui alerte pour tout est désactivée en trois jours, y compris pour les changements de shift.
  • Le cas du salarié sans smartphone doit être prévu. Un point d’accès sur site, une consultation depuis un poste partagé ou un envoi par un autre canal évitent de créer une inégalité d’information dans l’équipe.

Un enjeu de fidélisation, pas seulement d’organisation

Les secteurs concernés perdent leurs salariés à un rythme élevé. En Île-de-France, la restauration comptait 29,8 démissions pour 100 postes salariés en 2022, un niveau proche du triple de la moyenne tous secteurs, avec un pic dans la restauration rapide. L’imprévisibilité des horaires n’explique pas tout, mais elle fait partie des motifs que les salariés citent, et c’est l’un des rares sur lesquels un employeur peut agir sans toucher à la grille de rémunération.

Donner de la visibilité sur les semaines à venir, permettre de poser une indisponibilité à l’avance, confirmer une demande d’absence en quelques heures plutôt qu’en quelques jours : ce sont des gestes de gestion ordinaires. Une application terrain ne fait que les rendre possibles à l’échelle de plusieurs dizaines de personnes qui ne se croisent jamais au bureau.

À propos de Badakan

Badakan est un éditeur français de solutions RH basé à Paris, positionné sur la gestion des équipes terrain dans des environnements à forte rotation : hôtellerie, restauration, restauration rapide, retail, logistique, événementiel et intérim médico-social. La plateforme réunit le planning, la badgeuse, les déclarations sociales, la signature électronique et l’interface avec la paie, avec une application mobile destinée aux collaborateurs pour la consultation des plannings, les demandes d’absence et les candidatures aux missions d’extra.

Questions fréquentes

Une application suffit-elle à remplacer l’affichage du planning ?

Elle remplace la diffusion, à condition que l’information soit accessible à tous les salariés concernés et que l’employeur puisse démontrer la date à laquelle elle a été mise à disposition. Les obligations d’affichage prévues par le Code du travail et les dispositions conventionnelles applicables restent à vérifier au cas par cas.

Peut-on obliger un salarié à installer une application sur son téléphone personnel ?

La question mérite d’être tranchée avec un conseil juridique avant le déploiement. En pratique, prévoir un mode d’accès alternatif sur site évite le sujet et supprime le risque d’exclure une partie de l’équipe.

Quel indicateur suivre après le déploiement ?

Le taux de connexion hebdomadaire par établissement, pas le nombre de comptes créés. Un établissement où la moitié des salariés n’ouvre jamais l’application signale un problème d’usage que le siège ne verra pas autrement.

Sources

  • Légifrance, Convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants du 30 avril 1997, dispositions relatives à la modulation
  • Légifrance, article L. 3171-4 du Code du travail
  • Drieets Île-de-France, Synthèse thématique n° 109, les métiers de la restauration en Île-de-France
  • Badakan, application RH pour les équipes terrain

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