Nous traversons une période où les défis économiques touchent de nombreuses entreprises. En 2023, la France a enregistré près de 60 000 défaillances d’entreprises, soit une augmentation de 37% par rapport à l’année précédente. Cette situation préoccupante nous amène à nous interroger sur le sort des salariés vulnérables, particulièrement ceux en arrêt maladie lors d’un dépôt de bilan. Notre expertise en droit du travail nous permet d’éclairer cette situation complexe où se croisent protection sociale et procédures collectives.
Résumé
| Points clés | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| 🏥 Protection financière garantie | Les indemnités journalières continuent d’être versées par la CPAM indépendamment de la situation financière de l’employeur |
| 💼 Situation du contrat de travail | Le contrat reste suspendu pendant l’arrêt maladie mais n’empêche pas un licenciement économique lors d’une liquidation judiciaire |
| 💰 Intervention de l’AGS | L’Association pour la Gestion des créances prend en charge les compléments de salaire et diverses indemnités dues aux salariés |
| 📝 Démarches essentielles | Déclarer ses créances auprès du liquidateur dans un délai de deux mois avec tous les justificatifs nécessaires |
| 🔄 Opportunités de reconversion | La période d’arrêt peut être utilisée pour développer de nouvelles compétences ou envisager une reconversion professionnelle |
Le maintien des indemnités en cas de faillite de l’entreprise
Lorsqu’une entreprise dépose le bilan pendant qu’un salarié est en arrêt maladie, la continuité des indemnités journalières constitue une préoccupation majeure. Heureusement, le système français de protection sociale offre des garanties solides. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale continuent d’être perçues par le salarié, indépendamment des difficultés financières de l’employeur.
Ce mécanisme de protection permet aux salariés de se concentrer sur leur rétablissement sans inquiétudes financières supplémentaires. Les indemnités journalières sont garanties même si l’entreprise se trouve en cessation de paiement ou en liquidation judiciaire. Un point essentiel à noter : ces indemnités sont versées directement par la CPAM au salarié, sans passer par l’intermédiaire de l’employeur.
Le complément de salaire habituellement versé par l’employeur peut, quant à lui, être pris en charge par l’Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés (AGS). Cette structure intervient pour assurer le paiement des sommes dues aux salariés lorsque l’entreprise devient insolvable.
L’AGS couvre plusieurs types de créances salariales :
- Les salaires impayés
- Les indemnités de licenciement
- Les indemnités compensatrices de congés payés
- Les indemnités de préavis
- Les compléments d’indemnités journalières
Nous constatons que le mandataire judiciaire joue un rôle déterminant dans cette procédure. Il aide le salarié à déclarer ses créances pour que l’AGS puisse procéder à l’indemnisation dans les meilleurs délais, généralement sous 2 à 4 semaines après validation par le liquidateur judiciaire.
Impact du dépôt de bilan sur le contrat de travail pendant l’arrêt maladie
Le contrat de travail demeure suspendu pendant l’arrêt maladie, même en cas de dépôt de bilan de l’entreprise. Pourtant, cette situation n’empêche pas un licenciement pour motif économique dans le cadre d’une procédure de liquidation judiciaire. Il est fondamental de comprendre la distinction entre différentes situations :
| Situation de l’entreprise | Impact sur le contrat du salarié en arrêt maladie |
|---|---|
| Redressement judiciaire | L’activité se poursuit et le salarié conserve son poste |
| Liquidation judiciaire | Le liquidateur peut procéder au licenciement économique de tous les salariés |
Nous tenons à préciser qu’un employeur ne peut jamais licencier un salarié uniquement en raison de son état de santé ou de son arrêt maladie, ce qui constituerait une discrimination prohibée par la loi. Pour qu’un licenciement soit justifié, l’employeur doit prouver que l’absence prolongée désorganise fortement l’entreprise et nécessite un remplacement définitif du salarié.
En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, les salariés bénéficient d’une protection renforcée contre le licenciement. Les périodes d’arrêt pour ces motifs sont assimilées à du travail effectif pour le calcul des congés payés, sans limitation de durée. D’autre part, la loi du 22 avril 2024 a étendu certains droits, permettant désormais aux salariés en arrêt maladie non professionnelle d’acquérir des droits à congés payés (2 jours ouvrables par mois, dans la limite de 24 jours par période de référence).
Les démarches à effectuer en cas de liquidation judiciaire de l’employeur
Face à un dépôt de bilan pendant un arrêt maladie, plusieurs actions doivent être entreprises rapidement pour préserver ses droits. Notre expérience dans l’accompagnement des professionnels nous a montré l’importance d’une réaction méthodique.
Voici les étapes chronologiques à suivre :
- Réceptionner la notification du licenciement envoyée par le liquidateur ou l’administrateur judiciaire
- Déclarer ses créances auprès du liquidateur dans un délai de 2 mois
- Fournir tous les justificatifs nécessaires (contrat de travail, bulletins de salaire, attestation d’arrêt maladie)
- Vérifier que le liquidateur transmet correctement le dossier à l’AGS
- S’assurer du versement effectif des indemnités
En cas de litige sur les sommes dues, plusieurs recours s’offrent au salarié : contacter le conseil des prud’hommes, solliciter l’inspection du travail ou se rapprocher des représentants du personnel. Nous recommandons de conserver précieusement tous les documents liés à l’arrêt maladie et au licenciement pour justifier ses droits ultérieurement.
Le calcul de l’indemnité de licenciement mérite une attention particulière. Son montant est déterminé sur la base de l’ancienneté et du salaire de référence, correspondant à la moyenne des 3 ou 12 derniers mois selon ce qui est le plus avantageux. L’arrêt maladie n’influence pas négativement ce calcul, le salaire pris en compte restant celui perçu avant l’arrêt.
Formation et reconversion : saisir les opportunités durant l’arrêt maladie
La période d’arrêt maladie, même en contexte de dépôt de bilan, peut être propice à une réflexion sur son avenir professionnel. Nous observons que de nombreux salariés utilisent cette période pour développer de nouvelles compétences ou valider des acquis, avec l’accord préalable de leur médecin traitant.
Un salarié en arrêt maladie peut légalement suivre une formation professionnelle ou envisager une reconversion. Cette démarche peut s’avérer particulièrement pertinente lorsque l’entreprise traverse des difficultés financières majeures. La situation économique de l’employeur ne constitue pas un obstacle à ces possibilités, tant que les conditions médicales sont respectées.
Plusieurs types de formations sont envisageables, comme le développement des compétences, l’adaptation au poste de travail, la validation des acquis de l’expérience (VAE) ou un bilan de compétences. Des organismes spécialisés peuvent accompagner le salarié dans la structuration d’un projet compatible avec sa situation médicale et ses aspirations professionnelles.
Dans notre pratique quotidienne d’accompagnement des professionnels en transition, nous constatons que cette période peut devenir un tremplin vers une nouvelle carrière, particulièrement lorsque le retour dans l’entreprise d’origine n’est plus possible en raison de sa liquidation.






