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mai
15


Sommes-nous devenus datasexuels ?

Une préfiguration de parodie de datasexuel ?Les datasexuels seraient une espèce en voie de multiplication : très soucieux de leur e-reputation, ils partagent allègrement leurs informations personnelles sur les réseaux sociaux et autres espaces web 2.0. Ils estiment que cette abondance de données personnelles fait d'eux quelqu'un de sexy, d'enviable. Ne vous reconnaissez-vous pas un peu dans ce portrait ?

Le terme de "datasexuel" n'a – pour l'instant – rien d'une appellation officielle ou répandue. Mais il ne serait pas surprenant qu'elle le devienne ! Elle a été récemment proposée par un consultant nommé Dominic Basulto, sur le site de BigThink, via un article intitulé "Meet the Urban Datasexual", comme un écho à l'émergence du la culture métrosexuelle :

L’esprit du temps qui a fait émerger le personnage du métrosexuel – l’homme urbain obsédé par son style et son apparence physique – est en train de créer son équivalent numérique : le datasexuel. Le datasexuel ressemble à vous et moi, mais s’en différencie par sa préoccupation pour les données personnelles. Il est continuellement connecté, il enregistre obsessionnellement tous les aspects de sa vie et il pense que ses données sont sexy. En fait, plus nombreuses sont les données, plus il les considère comme sexy. Sa vie, du point de vue des données tout au moins, est parfaitement stylée.

Il faut en convenir, les données (datas) sont à la mode aujourd'hui. Et les lieux d'échanges et de stockage vont bien au-delà des incontournables Facebook, Viadeo, Google et compagnie : on assiste tous les jours à l'apparition de nouveaux services web et mobiles dont le principe même est d'inciter au partage de données personnelles, dans un processus et une ambiance qui se veulent "cool". On pense par exemple au bracelet Nike qui affiche à l'aide de témoins lumineux les performances sportives de son porteur, ou bien encore à la cartographie des rapports sexuels protégés.

Chaque action, chaque information, chaque situation est une data potentielle : renseignée, stockée, partagée, traitée, analysée, réutilisée.

Comment est né le datasexuel ?

On ne naît pas datasexuel, on le devient ! Selon Dominic Basulto, l'origine du datasexuel provient de l'émergence des innombrables infographies qui peuplent le web et qui circulent beaucoup via Twitter ou d'autres réseaux sociaux : ces images et graphiques mettent en forme l'agrégation de données récoltées à travers le monde. En voici quelques exemples :

  • Infographie de l'activité Internet selon l'âge
  • Infographie de l'évolution du geek
  • Infographie du pilotage automatique
  • Etc.

Cette mode de l'infographie est devenue plus généralement celle de la visualisation des données (graphiques, nuages, cartes, etc.) qui donnent une image cool et informative du partage volontaire des données personnelles. Or ceci n'est qu'un premier pas vers le Quantified Self (ou mouvement de quantification de soi), dont les tenants suivent à la trace les informations personnelles qu'ils ont disséminées sur le web.

Ce mouvement est accompagné par la multiplication des applications web et mobiles spécialisées dans la collecte, l'analyse et la restitution statisticienne des données personnelles. Jusqu'à son paroxysme, toujours repoussé : 4square, l'application de partage de géolocalisation semble aujourd'hui bien inoffensive à côté d'applications comme placeme, qui recense automatiquement tous les aspects environnementaux de son utilisateur : géolocalisation, déplacements, vitesse, temps écoulé au même endroit, achats réalisés, etc. Bref l'utilisation extrême de toutes les fonctions des smartphones actuels.

Le datasexuel, aujourd'hui et demain

L'ère du datasexuel pénètre aujourd'hui la sphère du mainstream, du grand public. Massivement, nous utiliserons prochainement, et de façon très anodine, nombre d'appareils et d'applications hyper vigilantes, et partageront nos informations personnelles, parfois même sans le savoir, avec notre entourage, voire avec de parfaits inconnus. Sans parler des sociétés qui proposent ces services, et stockent sur leurs serveurs nos tranches de vie, bien souvent avec des objectifs inavoués. Pourquoi le ferons-nous ? Parce que la plupart d'entre nous trouveront cela simple, convivial, utile, cool, sexy, histoire d'afficher aux autres nos performances sportives, nutritives, professionnelles, culinaires, artistiques, etc. Comme un prolongement des actuelles émissions TV de coaching, pour tous.

L'analyse de Dominic Basulto se base actuellement davantage sur une intuition que sur une étude véritable. Et pourtant, cette intuition semble tout à fait concorder avec ce que l'on observe aujourd'hui en matière de pratiques web et mobiles. Une chose est certaine : "Le job le plus sexy des 10 prochaines années sera celui des statisticiens" (Hal Varian, chef économiste chez Google).

La véritable question est : avons-nous réellement besoin de partager à l'extrême nos données personnelles ? A qui cela profite-t-il vraiment ? Que gagne réellement le datasexuel à jouer ce jeu ? Panoptinet laisse chacun voir midi à sa porte !

 

Source : internetactu.net

Image : Flickr / negatendo / CC BY-NC 2.0

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